By Stephane | May 31, 2009 - 8:52 pm - Posted in Réflexions

Après la lecture du Sight & Sound de Mai 2009 (que je vous conseille fortement), je n’ai pu m’empêcher de poursuivre dans ma tête la réflexion qui est amorcée par l’équipe et qui cherche, sans réelle conclusion, a repositionner le cinéma d’auteur à l’ère de YouTube et des autres médias de diffusion massive de vidéos et de productions filmiques.

Pour faire un bref résumé, l’équipe de rédaction confronte le fait que de façon croissante, l’expérience de visionner un film est une activité solitaire, contrairement à l’image de la famille qui partage une causeuse devant le téléviseur qui était encrée dans notre imaginaire depuis plusieurs décennies déjà (pensons aux Simpsons notamment). Ce changement dans les habitudes du consommateur de septième art entraîne inévitablement un changement dans le paradigme même de la production cinématographique qui se voit confronté à un problème similaire à celui qu’à due vivre l’industrie musicale à l’ère de Napster : Les méthodes de distributions qui sont favorables à l’industrie ne rejoignent pas les besoins des utilisateurs de cette industrie. L’équation qui imbrique la production et la réception est donc remise en cause et ainsi se crée l’urgence d’une révision de la nature même du cinéma au 21e siècle. L’individu avec ses écouteurs devant un ordinateur portable (ou un IPod) est de plus en plus fréquent, menaçant l’image même des cineplex qui rassemble les gens autour d’une projection simple.

Il y a des nuances et des variations dans leurs observations, bien entendu, mais l’essentiel est dans cette redéfinition fondamentale du cinéma.

Ce qui m’amène à soulever à mon tour la question suivante : Où se situe le cinéphile au 21e siècle?

L’ère des cinémathèques bondées et enfumées est définitivement révolue. Les collections de VHS en piteux états qui meublaient nos bibliothèques sont désormais poussiéreuses et désuètes. Les DVD, révolution si il en était une, sont en train de perdre de plus en plus de terrain au profit des nouvelles technologies, du contenu en ligne et du téléchargement via des utilisateurs de communautés.

Il y aura toujours cette mouvance de l’auditoire vers de nouveaux horizons et de nouveaux besoins créés par de nouvelles conditions. Sauf que dans le cas de l’individualisation du visionnement, il y a un morcellement de l’auditoire qui s’observe due à la démultiplication des moyens de productions et de diffusions. Les ‘grandes‘ avenues sont de plus en plus hostiles et les petites alternatives, telles que les WebTV et les sites d’hébergement vidéo, sont férocement compétitives. Cette nouvelle opposition, jeune et dynamique, traîne avec elle son audience qui est plus fidèle et plus spécialisée. Il y a donc plus de films qui se produisent et se diffusent mais ceux-ci sont visionnés par moins de gens. Tout est ciblé, créant des groupuscules plutôt que de vaste auditoire. L’amateur de cinéma est, malgré lui, divisé entre tous ces groupes et n’a d’autres choix que de spécifier ces visionnements, faute de temps.

Alors, avec cette démultiplication, quelle avenue sera adoptée par les cinéphiles?

Le débat est encore très jeune, voir embryonnaire, mais il y a une solution qui est franchement alléchante pour les utilisateurs à la maison. La création de cinémathèque virtuelle, comme le site TheAuteurs.com , semble être approprié et adéquate pour cette nouvelle réalité de diffusion et de visionnement cinématographique. À l’ère de la globalisation et de ‘l’isolement ouvert sur le monde’, l’accès instantanée et à prix modique à une cinémathèque complète et complexe est définitivement une avenue qui gagne à être exploitée.

Mais j’aime laisser cette question en suspens, intrigué par la suite des choses. L’amorce est définitivement intéressante et qui sait, peut-être que la vision d’Édison aura le dessus, cent ans plus tard, sur la vision grande échelle des frères Lumières de ce que devrait être le cinéma.

À l’origine, Edison avait conçu son kinétoscope comme une machine servant à visualiser les films de façon individuelle, en plongeant son regard à l’intérieur d’une boite fermée. Cette vision d’Edison a vite été remplacée par l’exploitation grand public et grandes salles des Lumières qui a été la méthode reconnue jusqu’à aujourd’hui. Mais avec les renversements actuels, il se pourrait qu’en bout de ligne Edison était plus près de la réalité du consommateur qu’on voulait bien le croire. Ça aura pris plus d’un siècle mais cet avènement technologique ne sera peut-être qu’un énorme bond en arrière pour embrasser l’exploitation individuelle telle qu’imaginé par Edison.

Je suis curieux, je garde un oeil ouvert et je vous invite à cogiter sur cette réflexion et à y revenir dans quelques années. Qu’adviendra-t-il des grandes salles obscures? Seul le temps nous le dira.

By Stephane | May 28, 2009 - 7:06 pm - Posted in Critiques, Plaisir Coupable

WHITE MEN CAN’T JUMP (États-Unis - 1992)
Réalisé par Ron Shelton
Avec Woody Harrelson, Wesley Snipes et Rosie Perez

Pour ce premier plaisir coupable de l’AutCinema.com, on retourne au cœur des années 90. 1992 pour être plus précis, j’avais huit ans à l’époque. J’étais encore impressionnable et je caressais bêtement le rêve d’être le prochain Mario Lemieux. En fait, c’est un mensonge, je caressais plutôt le rêve d’être le prochain Micheal Jordan et de pouvoir littéralement voler dans les airs avec un ballon de cuir et des souliers démesurément grands. C’était ce à quoi je rêvais quand je lançais gauchement des dizaines et des dizaines de ballons après la petite école quelques fois par semaine. C’était le ‘hoop dreams‘ à petite échelle parce que dans ma région natale, le basketball est aussi populaire que le polo à Montréal et j’exagère à peine.

Ceci étant dit, parlons de White Men Can’t Jump, ce classique du cinéma sportif mettant en vedette Woody Harrelson et Wesley Snipes. À la barre de ce flamboyant projet, Ron Shelton qui dans sa carrière a presque breveté le film de sports avec les intemporels Bull Durham, Cobb et Tin Cup. On est en droit d’être servi avec ce genre de démonstration avant même le début du film.

D’entrée de jeu, établissons que le film ne vole jamais bien haut. Ce n’est rien de plus que les mésaventures d’une petite bande de malfrats parieurs qui utilisent le basket-ball pour arrondir leur fin de mois et subvenir à leurs besoins. C’est sale, légèrement immoral mais surtout, ça parle de basket-ball. Ça pourrait être des tueurs en séries qui jouent au basket-ball en prison que je serais en bonne disposition pour apprécier le film. Je suis un très mauvais public pour les films de sports. Dans mon amour du cinéma il y a cette petite faiblesse. La formule du laissé pour compte qui triomphe dans une finale enlevante, ça marche à chaque fois avec moi.

White Men Can’t Jump ne manque pas à l’appel avec la construction des mythiques opposants que devront affronter Snipes et Harrelson pour clore la boucle de cette débandade sportive. Jusqu’à cette finale enlevante, les deux truands exploitent au maximum tous les clichés de films de sports, remportant même un tournoi 2vs2 comme si de rien était.

Le scénario est prévisible et écris au Sharpie bien gras mais, il fonctionne. C’est linéaire, un peu touchant, un peu intriguant avec un minimum d’action et beaucoup de sport. On attend avec impatience l’autodestruction des personnages pour qu’ils puissent se reconstruire dans un ultime moment de gloire et de victoire contre l’adversité.

C’est ce que je vous conseil. Beaucoup de friandises et une épaule contre laquelle vous appuyer. Non seulement les paroles de ce film ce boivent comme une bière un peu tiède, mais ils provoquent le même effet un peu étourdissant lorsqu’on essai de les mettre en perspective avec un cinéma plus étoffé. Un peu de navet n’a jamais tué personne, en fait, j’imagine que ça permet de mieux apprécier les trucs plus ronds en bouche par la suite.

By Stephane | May 26, 2009 - 6:45 pm - Posted in Actualités

Plus ça change, plus c’est pareil…

Cette fois, c’est du coté de Vertigo Entertainment qu’il faut regarder pour la nouvelle remise à jour d’un succès des années 90. La réalisatrice à l’origine du film de 1992 serait derrière le nouveau projet de revampage, épaulé par son mari pour l’écriture d’un nouveau scénario qui ne sera pas une suite ou une prémisse mais plutôt une remise à neuf du personnage originalement crée par Josh Whedon.

À la surprise de tous, Whedon n’est pas du tout impliqué dans le projet, lui qui est pourtant à l’origine du premier scénario ainsi que de la très populaire série télévisé qui a été diffusée pendant sept saisons avant d’être transposée sous forme de romans graphiques. On n’exagère en rien si l’on affirme que Whedon est le père de la franchise et son absence de l’évolution du projet est définitivement effrayante pour les amateurs de la première mouture.

Qui plus est, les ébauches de scénario qui ont été mis à la disposition de différents journalistes laissent peu d’indice au niveau des personnages qui entoureront Buffy, incluant son entourage qui offrait une saveur unique à la série télé.

C’est donc dire que le projet à tout pour faire peur et c’est sans grande surprise qu’il est actuellement aucunement associé à un studio reconnu pour le financement. Par contre, l’effet boule de neige suite aux succès de True Blood et Twilight ne serait pas surprenant et cette nouvelle esquisse de la chasseuse de vampires ne risque pas d’accumuler la poussière sur les tablettes bien longtemps.

Fort malheureusement…

Je vous suggère par contre une écoute attentive de la série de Whedon qui dissimule d’excellents moments dramatiques sous ses airs de série pour adolescents. D’ici cinq ans ça risque d’être le seul bon souvenir de la franchise qui vous restera après les promos aggressives ‘à la Burger King’ et le matraquage publicitaire pour la suite éventuelle : Buffy the Vampire Slayer meets Blade, avec en vedette Denzel Washington.

By Stephane | May 22, 2009 - 7:40 pm - Posted in Actualités

Excellente nouvelle pour les amateurs de cinéma montréalais gracieuseté, une fois de plus, de Roland Smith et du Cinéma du Parc.

Dans le cadre des journées culturelles turques, le Cinéma du Parc présente la première édition de La Semaine du Cinéma Turc de Montréal, du 22 au 28 Mai. Pour cette première édition, Smith et son équipe ont mit sur pied une programmation vraiment impressionnante malgré le fait qu’il n’y ait  que seulement sept films à l’affiche. Mais c’est connu, la quantité n’est pas gage de qualité et dans le cas de cette première expérience, sept films de renommé internationale est quelque chose qui a définitivement le potentiel de faire jaser les cinéphiles de la métropole.

Ma suggestion personnelle : Distant (Uzak) de Nuri Bilge Ceylan.

Je n’ai pas encore eu la chance de visionner le film mais j’en ai entendu énormément de bien et l’écho critique est à peu près unanime à son sujet. Primé à Cannes et dans une dizaine d’autres festivals, le film promet d’être une superbe expérience tout en lenteur et en poésie. L’image en mouvement dans son plus bel état. Pour ma part j’y serais et c’est Mercredi le 28 Mai que ça se passe à 19h00.

Allez jetez un œil sur la programmation complète ICI et en complément à ce festival, le Parc diffusera sur ses écrans le film Three Monkeys du même Nuri Bilge Ceylan. Encore un évènement à ne pas manquer au Cinéma du Parc.

By Stephane | May 20, 2009 - 11:39 am - Posted in Actualités

Qu’on aime ou déteste, le Festival de Cannes est un rendez-vous cinéma à ne pas manquer à chaque année. Les étoiles brillent, les français s’émoustillent et la ville respire le septième art sans demander de reste. Ici à Montréal, nous vivons en décalage et recevons par trop petites doses les échos de Cannes. En voici quelques-uns, dans l’ordre et le désordre.

La recette Almodovar et Pénélope Cruz semble avoir stagné si l’on se fie à la réception Los abrazos rotos (Étreintes brisées) par les festivaliers. On parle d’un film fade et décevant d’Almodovar et l’espoir d’une palme d’or semble être inexistant. Pour ma part, le cinéma d’Almodovar me laisse de glace la plupart du temps. Trop maniéré, trop baroque (si telle comparaison existe), j’imagine ne pas être le public cible même si Todo sobre mi madre (Tout sur ma mère) m’a particulièrement touché.

Lars Von trier choque … Encore! Antichrist, le dernier film du cinéaste danois, est apparemment très dur et graphiquement explicite, créant la controverse parmi les festivaliers et menant à l’embêtante situation où un journaliste a ouvertement demandé à Von Trier de justifier son film. Toujours aussi diplomatique, Von Trier a sommairement répondu qu’il faisait du cinéma pour lui et qu’il était le meilleur cinéaste du monde. À prendre avec des pincettes mais tout de même, beaucoup de bruits qui donnent envie de jeter un œil sur le dit film. Quand Von Trier choque, généralement, c’est bon signe. Gardez les yeux ouverts sur la distribution nord-américaine de la production.

Tarantino l’enfant prodige persiste et signe avec son Inglourious Basterds. Chancelant depuis quelques années, semblerait-il que le petit dernier de Quentin Tarantino relève le pari de traiter de la deuxième guerre mondiale sans tomber dans la facilité. Je n’étais pas excité par la sotie d’un nouveau Tarantino mais les critiques abondent presque toutes dans le même sens : C’est bon et c’est salement beau. Je suis curieux et intrigué.

Xavier Dolan avec son J’ai tué ma mère est accueilli en jeune prodige par la foule cannoise, ce qui est une excellente nouvelle pour le jeune auteur québécois. En lice pour la Caméra d’Or, ce serait une belle leçon de vie pour tous ceux qui se plaignent que faire du cinéma ici est de plus en plus complexe. Comme quoi l’argent n’est pas la locomotive de tous les talents.

Le dernier Coppola est, semble-t-il, très mauvais. Est-on surpris?

Pour ma part, j’attends les réactions face au film de Tsai Ming Liang, Faces, qui sera projeté Samedi. Je vous tiens au courant mais je vais encourager le Taiwanais d’adoption, même à distance.