
Après la lecture du Sight & Sound de Mai 2009 (que je vous conseille fortement), je n’ai pu m’empêcher de poursuivre dans ma tête la réflexion qui est amorcée par l’équipe et qui cherche, sans réelle conclusion, a repositionner le cinéma d’auteur à l’ère de YouTube et des autres médias de diffusion massive de vidéos et de productions filmiques.
Pour faire un bref résumé, l’équipe de rédaction confronte le fait que de façon croissante, l’expérience de visionner un film est une activité solitaire, contrairement à l’image de la famille qui partage une causeuse devant le téléviseur qui était encrée dans notre imaginaire depuis plusieurs décennies déjà (pensons aux Simpsons notamment). Ce changement dans les habitudes du consommateur de septième art entraîne inévitablement un changement dans le paradigme même de la production cinématographique qui se voit confronté à un problème similaire à celui qu’à due vivre l’industrie musicale à l’ère de Napster : Les méthodes de distributions qui sont favorables à l’industrie ne rejoignent pas les besoins des utilisateurs de cette industrie. L’équation qui imbrique la production et la réception est donc remise en cause et ainsi se crée l’urgence d’une révision de la nature même du cinéma au 21e siècle. L’individu avec ses écouteurs devant un ordinateur portable (ou un IPod) est de plus en plus fréquent, menaçant l’image même des cineplex qui rassemble les gens autour d’une projection simple.
Il y a des nuances et des variations dans leurs observations, bien entendu, mais l’essentiel est dans cette redéfinition fondamentale du cinéma.
Ce qui m’amène à soulever à mon tour la question suivante : Où se situe le cinéphile au 21e siècle?
L’ère des cinémathèques bondées et enfumées est définitivement révolue. Les collections de VHS en piteux états qui meublaient nos bibliothèques sont désormais poussiéreuses et désuètes. Les DVD, révolution si il en était une, sont en train de perdre de plus en plus de terrain au profit des nouvelles technologies, du contenu en ligne et du téléchargement via des utilisateurs de communautés.
Il y aura toujours cette mouvance de l’auditoire vers de nouveaux horizons et de nouveaux besoins créés par de nouvelles conditions. Sauf que dans le cas de l’individualisation du visionnement, il y a un morcellement de l’auditoire qui s’observe due à la démultiplication des moyens de productions et de diffusions. Les ‘grandes‘ avenues sont de plus en plus hostiles et les petites alternatives, telles que les WebTV et les sites d’hébergement vidéo, sont férocement compétitives. Cette nouvelle opposition, jeune et dynamique, traîne avec elle son audience qui est plus fidèle et plus spécialisée. Il y a donc plus de films qui se produisent et se diffusent mais ceux-ci sont visionnés par moins de gens. Tout est ciblé, créant des groupuscules plutôt que de vaste auditoire. L’amateur de cinéma est, malgré lui, divisé entre tous ces groupes et n’a d’autres choix que de spécifier ces visionnements, faute de temps.
Alors, avec cette démultiplication, quelle avenue sera adoptée par les cinéphiles?
Le débat est encore très jeune, voir embryonnaire, mais il y a une solution qui est franchement alléchante pour les utilisateurs à la maison. La création de cinémathèque virtuelle, comme le site TheAuteurs.com , semble être approprié et adéquate pour cette nouvelle réalité de diffusion et de visionnement cinématographique. À l’ère de la globalisation et de ‘l’isolement ouvert sur le monde’, l’accès instantanée et à prix modique à une cinémathèque complète et complexe est définitivement une avenue qui gagne à être exploitée.
Mais j’aime laisser cette question en suspens, intrigué par la suite des choses. L’amorce est définitivement intéressante et qui sait, peut-être que la vision d’Édison aura le dessus, cent ans plus tard, sur la vision grande échelle des frères Lumières de ce que devrait être le cinéma.
À l’origine, Edison avait conçu son kinétoscope comme une machine servant à visualiser les films de façon individuelle, en plongeant son regard à l’intérieur d’une boite fermée. Cette vision d’Edison a vite été remplacée par l’exploitation grand public et grandes salles des Lumières qui a été la méthode reconnue jusqu’à aujourd’hui. Mais avec les renversements actuels, il se pourrait qu’en bout de ligne Edison était plus près de la réalité du consommateur qu’on voulait bien le croire. Ça aura pris plus d’un siècle mais cet avènement technologique ne sera peut-être qu’un énorme bond en arrière pour embrasser l’exploitation individuelle telle qu’imaginé par Edison.
Je suis curieux, je garde un oeil ouvert et je vous invite à cogiter sur cette réflexion et à y revenir dans quelques années. Qu’adviendra-t-il des grandes salles obscures? Seul le temps nous le dira.



