By Stephane | June 28, 2009 - 9:03 pm - Posted in Critiques

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THE GIRLFRIEND EXPERIENCE (États-Unis, 2009)
Réalisé par Steven Soderbergh
Avec Sasha GreyChris Santos

La surface est une chose fascinante lorsqu’elle reluie.

Pour cette deuxième expérience minimale sur les six étant initialement prévues (la première étant Bubble il y a quatre ans), Soderbergh nous présente d’une façon étonnante l’exploration d’une surface qui à la base ne va pas sans piquer la curiosité.

Sur papier, The Girlfriend Experience est une anomalie plutôt rare dans le grand portrait du cinéma américain contemporain. Tourné avec une équipe réduite et le réalisateur (sous un pseudonyme) derrière la caméra, un budget ridicule de moins de deux millions de dollars et seulement un peu plus de deux semaines de tournage. En théorie, ce sont là les spécificités d’un film de fin d’année d’un universitaire, sans plus. Qui plus est,  Soderbergh pousse le vice de piquer la curiosité jusqu’au choix de son actrice principale. En effet, Sasha Grey effectue avec brio ses débuts dans un rôle plus traditionnel, elle qui est déjà bien connu du public pour ses quatre-vingts et quelques films adulte malgré son jeune âge.

Alors, c’est intriguant mais ça donne quoi au final, l’expérience?

D’une certaine façon, le film est léché et immaculé, voire irréprochable. Soderbergh démontre tout son savoir avec une habile et enivrante mise en scène qui explore tous les angles d’une vie à vide pour nous aspirer à l’intérieur de ce drame qui n’en est jamais réellement un. La bulle que Soderbergh construit est taillée sur mesure pour la performance de Grey qui personnifie avec une humanité effrayante la jeune Chelsey qui, durant quelques jours, nous fait la démonstration de son quotidien d’escorte haute gamme dans le New-York très précaire d’avant les élections présidentielles. Cette prémisse sous-entend un regard intime à la limite du voyeurisme dans l’univers d’une travailleuse du sexe mais très tôt dans le film, Soderbergh nous impose un regard qui est bien loin du voyeur conventionnel, du ‘Peeping Tom’ qui n’en peut plus d’attendre les bourrasques pour reluquer les jupons. Ces cadres que Soderbergh nous offre lorsqu’il dépose sa caméra, plus souvent qu’autrement statique, sont toujours obstrués. Les individus sont distants, flous et les voix prédominent. La vie nous est racontée plus que montrée malgré les situations où en temps normal le spectateur demanderait une vision intime de ce qu’il lui est raconté. Chelsey s’immisce, le temps d’un contrat, dans la peau d’une compagne idéale et avec toujours une coudée de distance, nous sommes les témoins mal informés de cette routine qui n’en est jamais vraiment une.

Au travers de l’étalage anachronique de cette vie en surface, on découvre les projections d’humanité que s’impose Chelsey pour se protéger de la vie qu’elle a choisit. Gauchement interprété comme une carapace à l’intérieur du film, via une entrevue plutôt maladroite à laquelle se prête Chelsey, cette façon de vivre à vide qu’explore la jeune femme est totalement fascinante dans la mesure où à chaque confidence qu’elle ”nous” fait, elle s’y perd et s’efface tout doucement.

Durant les premières scènes du film, Grey crève l’écran. Elle nous est présentée comme une jeune femme forte, riche, libérée et libre. Sa vie est un choix et tout le reste en découle sans trop d’appui sur la substance. Son appartement, son copain accessoire, ses vêtements, son site web, ses relations et finalement elle-même. Soderbergh utilise la beauté à l’épreuve du temps de la jeune Grey pour élaborer ce qui serait le parfait modèle de la femme fatale telle qu’imaginée par un Howard Hawks par exemple. Mais habilement, sans jamais insister sur la rhétorique ou la morale, Soderbergh nous transporte de l’autre coté du miroir et laisse transparaitre la coquille vide qui englobe et contient cette femme de fer.

Malgré ses quelques longueurs et ses faux pas, la force du film réside dans cette transition entre l’attente du spectateur et l’absence de matière du film. La beauté est matérielle à tous les niveaux et tous les éléments du film tournent autour de l’argent qui lui est l’agent intransigeant des rapports humains.

En ayant voir ce genre de film, le spectateur se crée une certaine attente dans la mesure où le passé plus érotique de Sasha Grey n’est absolument pas dissimulé. À tord, on associe l’actrice à son personnage d’escorte et c’est en nous privant de ce voyeurisme que Soderbergh réussi son défi très osé de mettre en scène une actrice du X dans un contexte conventionnel. Malheureusement, on peut facilement reprocher à Soderbergh de ne justement pas explorer cette réussite alors qu’il l’avait si bien installée. Techniquement, il ne se passe strictement rien devant nos yeux. La coquille est belle et bien vide et toute cette vie nous est projetée, littéralement, comme le reflet d’une lampe sur une paroi reluisante. Malgré ce vide omniprésent, le spectateur est rivé devant l’écran, fasciné par cette vie qui transcende celle qui croise notre quotidien. Au lieu de capitaliser sur cette attention qu’il provoque, Soderbergh laisse plutôt filer jusqu’aux derniers instants. En fait, excluant les quelques scènes finales, on aurait pu parler d’un superbe projet au potentiel gaspillé. Mais encore une fois, habilement, Soderbergh nous transporte dans une direction fabuleuse lors des derniers instants et il se fait presque tout pardonner d’un seul coup. C’est le genre de final qui, sans rien vous gâcher, crée un peu le même effet qu’une grosse pierre dans un étang tranquille. Beaucoup de remous et de vagues mais rien d’inquiétant, parce que l’on sait que le calme reviendra rapidement.

Ne serait-ce que pour la beauté que le film étale, prenez le temps d’y jetez un œil. Il y a des défauts, comme n’importe quelle surface d’apparence trop propre et reluisante, mais on pardonne facilement. Parce que les images sont belles, voire parfaites et le magnétisme de Sasha Grey est une réussite sur toute la ligne. Si elle cherchait une porte  d’entrée pour faire son incursion à Hollywood, elle vient de la trouver et dans le cas présent. Ce n’est qu’à elle de la refermer parce que je suis conquis. Une expérience satisfaisante, comme regarder la vie au travers d’une boule à neige immortalisant ces gens heureux miniatures qui réchauffent nos souvenirs.

By Stephane | June 19, 2009 - 9:57 am - Posted in Actualités

Avec l’été qui s’amorce, c’est un peu étrange de penser à s’enfermer pendant vingt-quatre heures dans une salle obscure mais parfois, l’occasion fait le larron et ces festivités ne vont pas s’en rappeler les airs carnavalesques du cinéma des premiers temps.

Pour souligner le trentième anniversaire de la revue québécoise 24 Images, la Cinémathèque Québécoise collabore avec le périodique pour une célébration unique du septième art. À partir de 10h00 Samedi le 20 Juin 2009, un marathon de 24 heures sera orchestré à la Cinémathèque. En plein cœur du quartier latin, avec l’une des plus belles terrasses en ville, le lieu est tout à fait approprié pour célébrer entre amis l’analyse et la rigueur que nous offrent 24 Images depuis trente ans déjà. Jusqu’à 10h le Dimanche matin, une programmation étoffé sera présentée aux fidèles de la revue et ce tout à fait gratuitement.

Vous avez bien lu, 24 heures de cinéma relevé et gratuit en plein cœur du centre-ville, c’est du jamais vu.

Alors, faites un gros ‘X’ au sharpie sur vos calendriers, c’est à la Cinémathèque que ça se passe ce week-end et nulle part ailleurs.

Vous pouvez consulter la programmation complète en .pdf sur CE LIEN , sinon, voici un survol des projections offertes par les deux institutions.

D’abord, le calendrier complet des projections à la salle Claude Jutra

10h00 - The Cat Came Back de Cordell Barker suivi de L’Enfant Lion de Patrick Grandperet.

12h00 - Le Loup gris et le Petit Chaperon rouge de Garri Bardine suivi de Modern Times de Charlie Chaplin

14h15 - Le Concours de chef d’orchestre (Lederkonkurrence) de Lejf Marcussen suivi de Jour de congé de Carole Laganière. Ensuite, Cléo de 5 à 7 par Agnès Varda.

16h30 - The Boy Who Saw the Iceberg de Paul Driessen suivi de Les trois couronnes du matelot de Raúl Ruiz

19h00 - RENCONTRES SUR UNE TABLE D’OPÉRATION (quatre films muets surréalistes)
Le Rêve des marmitons de Segundo de Chomón,
Non… Tu exagères (Now You Tell One) de Charley Bowers, Harold L. Muller,
Sur un air de charleston de Jean Renoir,
Un chien andalou de Luis Buñuel, Salvador Dali.

20h30 - Piwi de Jean-Claude Lauzon suivi de Au clair de la lune d’André Forcier

22h45 - Metamorphosis de Barry Greenwald suivi de Här är karusellen / Revolver de Stig Bergqvist, Martti Ekstrand, Jonas Odell, Lars Ohlson et ensuite Tetsuo de Shinya Tsukamoto.

00h30 - Les Quatre Voeux du vilain et de sa femme de Michel Ocelot suivi de Old Orchard Beach P.Q. de Michèle Cournoyer et ensuite Freaks de Tod Browning.

2h00 - The Curse of the Voodoo Child de Steven Woloshen suivi de Leningrad Cowboys go America d’Aki Kaurismäki

3h45 - The Greatest Man in Siam de Shamus Culhane suivi de Sweet Sweetback’s Baadasssss Song de Melvin Van Peebles

6h00 - Dehors novembre de Patrick Bouchard suivi de Reservoir Dogs de Quentin Tarantino et on termine avec The Big Snit de Richard Condie

Et maintenant, en prime, les autres projections gratuites en 16mm sur la terrasse de la cinémathèque.

21h00 -  Coney Island de Fatty Arbuckle suivi de Laurel and Hardy Comedies: Big Business de James W. Horne et The Immigrant de Charlie Chaplin coiffé par Max à Monaco de Max Linder

22h30 -  Le poulailler des temps perdus de Franco Battista et Stéphane Dupuis

22h45 - Le Soupirant de Pierre Étaix

0h05 -  Rhapsody in Two Languages de Gordon Sparling  suivi de Au bout de ma rue de Louis-Georges Carrier et Impressions of Expo 67 / Objectif Expo 67 de William Brind pour terminer avec Free Fall d’Arthur Lipsett

0h45 -  Rouli-roulant de Claude Jutra

1h00 -  Chérie, ôte tes raquettes d’André Leduc

1h20 - A Night at the Opera de Sam Wood

2h50 -  Québec USA ou L’invasion pacifique de Claude Jutra et Michel Brault

3h20 - Young Frankenstein de Mel Brooks

Je ne sais pas encore si je vais pouvoir assister à tout ce dont j’ai envie mais voici mes suggestions si jamais vous avez besoin d’inspirations.

1) Le doublé québécois avec Forcier et et Lauzon à 20h30. En fait, surtout pour voir Au Clair de la Lune sur grand écran.

2) À 00h30, les deux courts documentaires suivi de l’inégalable Freaks de Tod Browning qui est l’un de mes films favoris toutes catégories confondues.

3) A Night at the Opera en pleine nuit, pour voir les frères Marx dans l’une de leur plus belle performances sans la quatrième jambes qui avait choisie de ne pas poursuivre l’aventure cinéma.

4) À 3h45, le film de Mario Van Peebles qui est du bonbon de divertissement ‘testostéroné’ comme on les aimes. Hommages et pastiches au rendez-vous.

Voilà, bon cinéma ce week-end!

By Stephane | June 14, 2009 - 8:56 pm - Posted in Critiques

THE LIMITS OF CONTROL (États-Unis, Espagne, Japon - 2009)
Réalisé par Jim Jarmusch
Avec Isaach De Bankolé, Paz de la Huerta, Gael Garcia Bernal, Bill Murray et d’autres visages familiers.

Jim Jarmusch, toujours actif en 2009, est un homme analogue à l’ère du numérique. Sa chevelure, prématurément grisonnante, étant la démonstration concrète que sa façon d’écrire le cinéma et l’action qu’il montre en est une d’une autre époque. Référentiel et réflectif, le cinéma de Jarmsuch en est un qui détourne le regard du spectateur souvent vers lui-même, vers l’intérieur, cherchant la création de sens d’abord et avant tout dans le silence.

The Limits of Control est probablement l’œuvre la plus achevée et la plus artistiquement complexe de Jarmusch depuis Dead Man au milieu des années 90. Jarmusch pose sa caméra autour et auprès d’Isaach De Bankolé qui interprète, mystérieusement, un tueur à gage solitaire qui démultiplie les rencontres énigmatiques en parcourant l’Espagne, à pied ou en train, à la recherche d’on ne sait trop quoi. Cette prémisse, mince, résume l’essentiel de l’action du film qui se débarrasse rapidement de cette nécessité de mouvements qui est souvent imposé aux films de genre.

Déformalisant au possible, Jarmusch laisse toute la place au temps et à la réflexion. Des coupes traditionnelles, aucun fondu, quelques plans séquences segmentés par de multiples répétitions tant dans le dialogue que dans les éléments de mise en scène (les tasses de cafés, les chambres d’hôtel, etc…). Jarmsuch utilise son répertoire habituel pour créer une ambiance énigmatique et riche en références et allusions, tant vers le film lui-même que vers l’extérieur de celui-ci, poussant le vice jusqu’à révéler (en partie) la mécanique derrière le film durant les dernières minutes. En effet, De Bankolé retire son ‘costume’ de l’homme solitaire, la caméra quitte son trépied et laisse sortir le personnage/acteur du cadre avant de piquer du nez et de s’éteindre de façon abrupte. Cette digression mécanique termine le film sur une note qui ne va pas sans amorcer la réflexion autour de  la légitimité intrinsèque de la diégèse.

Est-ce que cet homme solitaire est vraiment un homme? Un ange? Un démon? Une hallucination? Une idée? Un bohème? Les hypothèses sont toutes effleurées à leur façon durant les rencontres qui se multiplient dans la quête de cet homme solitaire. Tantôt silencieux, tantôt spectateur d’une prestation musicale impromptue, tantôt autoritaire d’une muse sans amour, l’homme solitaire est le véhicule de cette aventure qui au fond pourrait ne pas en être une si elle s’avérait n’être que la réalisation d’une fraction de secondes d’un esprit fugace.

La beauté et l’intérêt du film résident dans cette ambigüité uniforme qui plane autour du récit, de cet homme et de ses rencontres. ”La vida no vale nada” étant l’une des phrases qui poursuit De Bankolé dans son parcours et en s’appuyant sur cette phrase qui se traduit par ‘La vie n’a pas de valeurs‘ , Jarmusch n’offre aucune piste définitive sur la véracité de ce que nous voyons. Tout est spéculation et devant autant de matière, l’esprit s’agite.

Jarmusch a écrit ce rôle sur mesure pour De Bankolé et dès les premiers instants du film, les traits sévères et anguleux du visage de De Bankolé parlent beaucoup plus que son personnage lui-même. Dans l’art et la manière (littéralement) ce tueur solitaire se définit sans se restreindre pour le public qui en demande toujours plus sans nécessairement insister pour en savoir plus. Le mystère, ici, est tellement plus satisfaisant au final.

Sur une autre note, il est difficile de critiquer les films de Jarmusch sans s’attarder à la trame sonore qu’il choisit toujours avec une méthode qui frise la folie. Ici, le groupe Boris assure la majorité des chansons, offrant une guitare lourde et grinçante qui ne va pas sans rappeler la trame improvisée par Neil Young pour Dead Man. L’heureux mélange entre le rock ambiant de Boris et la musique classique et traditionnelle se fait toujours de façon très fluide et la musique appuie toujours harmonieusement le récit pour en faire un tout très homogène, sans pourtant être hermétique.

À voir en salle définitivement. Ne serait-ce que pour le travail sur le son qui donne l’impression d’entendre le récit au travers d’un vieux gramophone à l’aiguille un peu usée. L’expérience est beaucoup plus saisissante lorsque ce genre de détails nous saute aux yeux, ce qui n’est pas toujours évident dans le confort de notre salon. Sinon, pour ceux qui auraient besoin d’une réconciliation avec Jarmusch qui a peut-être perdu quelques fidèles avec son Broken Flowers, ce film-ci pourrait vous reconquérir d’une belle façon. Sans être mémorable, le dernier Jarmusch est définitivement marquant et c’est de plus en plus rare au cinéma, alors faut saisir les occasions lorsqu’elles se présentent.


By Stephane | June 11, 2009 - 9:26 am - Posted in Court-Métrage

La simplicité, parfois, est merveilleuse charmante.

Dans cette optique, David Prosser présente son dernier court : Clockwork. Alliant l’animation en 2D au crayon et le rendu en 3D avec After Effects, le film raconte sommairement l’histoire d’un bambin qui essai d’inciter son père à jouer avec un bateau mécanique.

L’intérêt ne réside pas tant dans l’histoire que dans le traitement et l’habillage sonore. C’est ‘jazzy’, rond et surtout intriguant. La trame son à elle seule conte un récit absorbant et la sobriété de l’animation laisse toute la place à ce bel environnement auditif.

Une belle trouvaille.

¤ Le site officiel de David Prosser ¤

Clockwork from David Prosser on Vimeo.

By Stephane | June 10, 2009 - 9:31 pm - Posted in Actualités

L’été ne serait pas l’été sans les films d’été, logique n’est-ce pas? Sauf que contrairement à ce que son titre pourrait laisser entrevoir, 500 Days of Summer est plutôt une comédie romantique qui s’articule autour de l’été comme un prétexte au bonheur plutôt qu’à une saison.

Les premières critiques post-Sundance sont bonnes et les gens semblent charmer par ce premier effort au cinéma de Marc Webb qui est plutôt un enfant de la télé et du vidéoclip. Tous les extraits sur le web présentement laissent entrevoir un film intelligent, aux dialogues captivant et au charme indéniable, à la Juno sans Diablo Cody si l’on veut.

Aidant la cause, la paire de jeunes acteurs formée par Zooey Deschanels et Joseph Gordon-Levitt crève l’écran.

Et pourquoi moi j’ai envie de le voir? Parce que j’ai un faible pour les films d’amours qui redécouvrent à rebours une relation qui s’est terminée de façon abrupte. Comme une bobine abimée, les souvenirs sont de retours pour créer une finalité qui est rarement vide de sens et de suites des choses.

Je vous laisse un extrait ici d’une scène du film. Court, mais prometteur.

En salle à la mi-juillet, en même temps que le sorcier à lunettes rondes.