By Stephane | August 31, 2009 - 6:45 pm - Posted in Critiques

TWO LOVERS (États-Unis - 2008)
Réalisé par James Gray
Avec Joaquin Pheonix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw

Two Lovers n’est pas un film d’amour …

Mais Two Lovers est un film d’amour.

Les planchers qui craquent, les portent qui grincent, les regards alourdis de soupirs - James Gray construit une histoire d’amour autour de tout ce qui, à prime abord, ne nous rapproche pas d’une vision idéal de la romance, tel qu’elle est généralement véhiculée sur l’écran d’argent.

Gray, prenant une coudée de distance de son style habituelle, transpose la froideur de son environnement sur les relations amoureuses, plus particulièrement celle d’un jeune survivant de deux tentatives de suicide qui, embrouillé, s’éprend de deux femmes sans jamais complètement s’abandonner aux sentiments, à la vie, à lui-même.

Phoenix nous offre peut-être ce qui sera sa dernière performance et on lui doit un minimum d’attention parce qu’elle est intéressante cette performance. Ne créant jamais de réelle empathie envers son amant confus, Phoenix nous transporte quand même dans le déchirement intérieur de cet homme qui a peur de la vie, peur de l’amour, peur de lui-même et qui n’avancera pas d’un iota sans savoir qu’il y a un filet sous ses pieds pour lui éviter de s’écraser complètement.

Parce qu’il a déjà connu la froideur du pavé…

Parce qu’il l’a fait volontairement.

Cette peur volontaire du jeune homme, combiné à l’hermétisme de ses relations, mènent ce bal plutôt sombre sur la célébration de l’amour. Amour qui n’en est pas un mais qui en porte les couleurs. Amour qui est pragmatique, nécessaire, mais qui n’en demeure pas moins en surface, vide, comme une coquille percée qui a été somptueusement maquillée pour une festivité printanière.

Two Lovers joue sur ses variations de gris et étale un portrait amoureux qui n’en est pas un mais qui, dans un monde assez fataliste, en devient un. L’amour par défaut devient une formidable locomotive pour l’amour idéal, l’amour pourchassé. La bataille entre le désir et le concret se matérialise de façon percutante et, tout en silence, le film nous offre ce déploiement et nous laisse énormément d’espace pour absorber toute cette information.

Et les craquements du sol …

Et les grincements des portes …

Et le silence assourdissant des cœurs qui s’entrechoquent.

Conquête et combat jouent du coude dans ce récit et, sans rien révéler, disons que le résultat n’est pas tant de savoir qui gagne mais plutôt qui y perd quoi.

By Stephane | August 9, 2009 - 9:21 am - Posted in Critiques

WATCHMEN (États-Unis, 2009)
Réalisé par Zack Snyder
Avec
Jackie Earle Haley, Patrick Wilson & Billy Crudup

À trop vouloir rendre hommage, parfois, on est le dernier à se rendre compte qu’en réalité on fait honte. Situation typique lors d’un discours de garçon d’honneur, par exemple, la chose est plus inorthodoxe quand vient le temps d’effectuer une adaptation élaborée d’un livre qui est élevé par plusieurs comme étant un des meilleures de sa classe.

Sans dire que Zack Snyder fait rougir de honte Allan Moore avec sa relecture de son Watchmen, on ne peut s’empêcher d’avoir un vilain arrière-goût en bouche quand on termine le visionnement de cette relecture par le même bonze qui nous avait offert au préalable le subtile et profond 300. Pour lui donner du crédit, Snyder s’est lancé à pieds joints dans l’aventure malgré le fait que Moore se soit dissocié très tôt du projet, laissant le réalisateur et son équipe livrés à eux-mêmes quand venait le temps de prendre des décisions au niveau de la relecture et de la transposition du papier à l’écran. Dans ce genre de condition, Snyder s’en tire admirablement bien mais, parce que tout n’est jamais  rose, il y quelques endroits où ça trébuche et c’est bien suffisant pour gâcher l’expérience au final.

D’abord, il est important de dire que Snyder a fait un superbe travail de recherche visuelle pour insuffler à son film l’imagerie du roman graphique. Les acteurs, les lieux, les plans, l’éclairage, tout rappel avec brio le matériel source ce qui permet à celui qui avait préalablement lu le roman de se retrouver comme dans une vieille pantoufle. À ce niveau, Snyder ne prend aucun risque et colle son objectif sur les pages du livre, pour le meilleur et pour le pire. Dans la grande majorité des cas c’est pour le meilleur mais, les faux pas font légions et finissent par agacer. C’est justement dans ce choix de coller son nez sur les pages du livre que Snyder fait sa première grande erreur. On sent très tôt que Snyder est un amateur de la bande dessinée et qu’il essai d’en déroger le moins possible. C’est tout à son honneur, mais cette peur de trop s’écarter et de déplaire aux amateurs crée un film qui est plat, comme les pages de la BD, et qui manque atrocement de langage cinématographique. Tous les possibles qu’offre un film, Snyder s’en détache pour appliquer à la lettre la formule de la narration par case et nous présente une succession de tableaux qui sont très léchés, très profonds, mais qui ne transcendent jamais l’expérience au point de nous faire croire qu’il n’y a pas de séparation entre la vie et le film.

Alors, Snyder se limite à l’évacuation de quelques lignes narratives pour alléger son film et une modification quand même importante au niveau de la finale. Seulement deux choix vraiment significatifs, l’un des deux étant une erreur de taille qui déplait énormément surtout qu’elle pervertit en quelques secondes toute l’essence et la portée du film qui en perd, bien malgré lui, la majeure partie de son message. Snyder n’est pas le premier ni le dernier à modifier le déroulement durant une adaptation, mais en touchant à ce monstre sacré, sans l’accord de l’auteur, Snyder allait nécessairement s’attirer les foudres. L’exercice rend peut-être le film moins fataliste aux yeux des nouveaux adeptes, mais pour ceux qui étaient déjà familiers avec la vision particulière de l’Amérique durant la guerre froide qu’avait Allan Moore, cette modification à la finale se rapproche plus du blasphème que de la création de sens.

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Le blasphème prend toute son ampleur dans la position spatiotemporelle de la relecture de Snyder. L’un des agents les plus frappants de cette position est le choix de la trame sonore effectué par Snyder et son équipe. L’Amérique des Watchmen en est une où les États-Unis ont gagné la guerre du Vietnam et où la guerre froide laisse planer une constante phobie de l’aliénation nucléaire par l’un ou l’autre des parties. C’est une Amérique malade et profondément marquée par la peur de l’Autre. Or, pour habiller cette Amérique malade, Snyder sélectionne des chansons très familières qui renvoient plutôt le film dans une Amérique réelle qui résonne dans la mémoire collective. Choisir Jimi Hendrix et Bob Dylan pour articuler une réalité parallèle c’est une décision très douteuse et par moment, la musique est tellement pesante et omniprésente qu’on en perd le plaisir de visionner les superbes images qui nous sont offertes. Utilisant la musique comme une maladroite béquille, Snyder alourdit et dénature son film en l’amputant d’un possible qui était presque infini au niveau de la création de sens. Au lieu de ça, des chansons sur utilisées, à la limite du cliché, qui laisse transparaitre un travail de recherche bâclé au niveau de la trame son qui ne va pas sans soulever le questionnement à savoir si Snyder a un mérite quelconque dans son entreprise alors que le seul aspect non couvert par la BD qu’il a dû inventer est un échec lamentable.

C’est ce genre d’arrière-goût que Watchmen laisse en bouche. Un beau film, un beau jet de poudre aux yeux qui séduit très rapidement dès les premières images du générique. Mais comme dans toutes opérations de charme, la vraie nature fait surface tôt ou tard et pour notre grand déplaisir, cette vraie nature est un film plat et vide qui rend hommage d’une bien drôle de façon à l’un des livres les plus significatifs des 40 dernières années. Beaucoup de potentiel, une distribution impeccable, mais menée d’une bien pauvre main qui est visiblement débordée par l’entreprise. Dommage!