By Stephane | September 27, 2009 - 8:09 pm - Posted in Actualités, Réflexions

C’est difficile, voire impossible, de rendre adéquatement hommage à un homme qui, à un moment dans notre vie, à eu un impact suffisant pour nous forcer à prendre le temps de réfléchir au pourquoi du comment.

Sans dire que je buvais les propos de Pierre Falardeau religieusement, il n’y a aucun doute sur le fait que sa voix fait souvent écho dans ma caboche de cinéphile qui cherche toujours les bons mots pour exprimer les « bonnes » idées. Je m’y revois comme si c’était hier, un peu plus jeune, un peu plus naïf, m’usant les pantalons sur les bancs du Cegep Ahuntsic a parcourir La liberté n’est pas une marque de yogourt comme si c’était la plus belle preuve que l’intégrité et le franc parler avait encore sa place dans les sphères plus culturelles et public.

Plusieurs années plus tard, la distance et le temps ont fait leur travail. De l’irrévérencieux Falardeau j’ai appris la puissance de la joute verbale bien orchestrée. Tantôt méthodique, tantôt impulsif, Falardeau vivait à tous les jours avec les conséquences de son absence de langue de bois. Un patrimoine bien à lui, mais souvent amputé d’aide extérieur pour cause d’avoir trop craché dans la soupe d’un peu tout le monde.

À 18 ans, c’est ce qui me fascinait. Comment on pouvait remplir un bol de soupe de crachat et quand même convaincre quelqu’un, en quelque part, d’en prendre une cuillerée. C’est encore à ce jour l’une des questions qui me titillent le plus : Pourquoi Falardeau recevait t’il le reproche d’être trop méchant alors qu’essentiellement, en riant des cabotineries du gros Gratton, on lui demandait de nous nourrir avec sa mesquinerie?

J’ai trop souvent entendu des critiques, des étudiants en cinéma et autres experts en la matière dire que le cinéma de Falardeau était grossier, vide et répétitif. Que de voir le vieux Poulain se brasser l’arrière-train devant une caméra ça n’avait rien de substantiel. Et pourtant, on en redemande. Comme quoi le crachat, même si ça passe mal, ça n’a jamais tué personne.

C’est pourquoi j’ai envie de me souvenirs de Falardeau comme d’un homme intelligent et passionné. Peut-être trop passionné pour son propre bien, sans doute, mais quand même suffisamment impliqué pour diffuser à une nouvelle génération un bagage de références culturelles qui autrement resteraient bien accrochés dans les hautes sphères de l’éducation universitaire.

La culture populaire lancée à grand coup d’impulsion pour monsieur et madame tout-le-monde. Ça manquait souvent de tact et de doigté mais avec le recul, les idées resteront et les mauvais sentiments ne seront plus que souvenirs.

Pour toutes ces raisons, je te dis Salut Falardeau! Et Merci. Merci pour les bonnes lectures. Merci pour la curiosité que tu as déclenchée chez moi avec toutes tes phrases assassines desquelles je cherchais les référents jusqu’à en comprendre tous les allants et aboutissants. Merci pour Le Party. Merci pour Poulain et son corps immortel. Merci de m’avoir fait découvrir Jean Rouch et tant d’autres hommes de belles et grandes idées. Merci pour la paresse congénitale doublée d’une plume intuitive. Et finalement, merci pour la couleur dans le paysage bleu-frileux du Québec contemporain. Ça sonnait souvent faux mais au moins, ça sonnait unique, propre dans toute sa saleté. Salut Falardeau … et Merci!

Comme l’hommage est une chose et la mémoire une autre, je vous laisse sur un texte de l’homme lui-même, publié dans son recueil La liberté n’est pas une marque de yogourt, chez Stanké. Loin d’être son texte le plus pertinent, c’est tout de même une lettre très intéressante qui ouvre les yeux sur l’intelligence et la présence d’esprit de l’homme derrière Elvis. C’est sale, c’est baveux mais en quelque part, ça fait tellement du bien de lire ce que l’on pense tout bas avec des mots qui nous ressemblent, nous rassemblent même.

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Écrit en décembre 1990 en réponse à une lettre personnelle du jeune loup qui fait figure d’éditorialiste à l’insignifiant magazine Voir. Le texte n’a jamais été envoyé pour la bonne raison qu’il n’a jamais été terminé. J’avais sans doute mieux à faire. Comme par exemple d’aller acheter des bébelles pour les enfants. On est à neuf jours de Noël.

Salut Martineau!

Je suis touché que tu aies pris du temps, sans doute précieux, pour répondre à mes grossièretés de Lumières. On n’a pas gardé les cochons ensemble, mais je vais laisser tomber le vous. Quand on me dit vous, j’ai l’impression d’avoir 98 ans.

Pour paraphraser San-Antonio et aussi la manie de Voir de jouer avec les titres, je dirais que « les critiques ont la peau tendre ». Va falloir apprendre à te blinder contre les conneries de Pierre, Jean ou Jacques, sinon tu survivras pas longtemps. Tu connais pourtant la game, Martineau. Le plaisir d’un critique de régler le cas de quelqu’un en deux ou trois coups de cuillère à pot, l’impossibilité de résister à un bon mot d’auteur sur le dos d’un adversaire incapable de se défendre, la possibilité de se faire un nom en montrant qu’on a des griffes, le désir de la majorité des journalistes d’avoir l’air plus intelligents que celui qu’ils critiquent. Y’a aussi l’inverse. Le syndrome Grimaldi. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Mais c’est pas moi qui vas t’apprendre les règles du jeu. Tu me trouverais affreusement baby-boomer, vieux et paternaliste.

Je suis malheureusement un affreux provocateur, baveux et grossier. J’ai beaucoup de misère à me faire des amis et j’ai souvent tendance à mordre la main qui me nourrit, juste pour voir si j’ai encore des dents à 43 ans. Penses-tu que je pourrais encore avoir ma photo en couverture de Voir dans deux ou trois ans si jamais je réussis à faire une autre vue? J’ai jamais liché de culs dans ma vie ni baisé de pieds, alors je vois pas pourquoi je commencerais maintenant. Je ne vois pas très bien le rapport entre mon mépris supposé pour Voir et la première page. J’ai eu ma tête dans Le Devoir et je trouve Lévesque toujours aussi épais. C’est pas parce qu’on parle de moi dans La Presse que soudain Roger D., le père de Youppi, est devenu un grand homme. Tout ça pour dire que ma face en première page de Voir, d’Allô-Police ou d’Écho-Vedettes, c’est pas le but de mon existence. J’étais bien content, Ça fait un petit velours, pis après … je m’en sacre.

Donc tu ne portes pas de jeans avec des patchs. J’en suis ravi. Moi non plus. Ni avec des patchs ni sans patchs. Ça serre trop les gosses. Pour ce qui est de la barbe, c’est ma paresse congénitale. « La mode a changé. » Oui, je sais. Mais la mode est aussi le dernier de mes soucis. Vous pouvez bien avoir les cheveux mauves ou verts, les poils du cul en fluo si c’est à la mode, c’est pas ça qui m’empêchera de dormir. Vous pouvez bien porter une boucle d’oreille dans le prépuce, ça ne m’excite pas le poil des jambes. C’est pas ça qui permet de penser.

Votre journal s’intéresse, comme tu le dis si bien, aux « malheureux » et aux « gagne-petit ». Tu vois, la différence, elle est là. Moi, je m’intéresse aux exploités et aux exploiteurs, pas aux malheureux, aux opprimés et aux oppresseurs, pas aux gagne-petit. Tu saisis? J’ai horreur des bons sentiments.

Juste un exemple avant de terminer. Semaine après semaine, vous nous les cassez avec les quatre ou cinq « fascistes » du KKK de l’est de la ville. Mais tout ça, c’est du folklore. Des histoires de Petit Poucet pour faire peur aux matantes. Le vrai totalitarisme, il est dans la société bureaucratique de consommation dirigée, il est dans la pensée unique des médias. Les fascistes de l’an 2000 ont renoncé depuis longtemps aux chemises brunes, aux cagoules, aux hymnes hitlériens. Ils portent des habits trois-pièces, conduisent des Mercedes et siègent à des conseils d’administration. Ça, vous en parlez plus rarement. Jamais serait un terme plus exact. Vaut mieux rester dans les jack-straps en cuir ou les caneçons en chaîne. C’est moins dangereux que les Hell’s Angels.

Encore un effort, Martineau, et tu finiras éditorialiste chez Power Corporation come le subtil Marcel Adam ou la pétillante Lysiane Gagnon.

Édition 2000 de poche, pages 94-95
By Stephane | September 16, 2009 - 5:34 pm - Posted in Réflexions

Nous sommes indéniablement coincés dans l’ère des retours en arrière depuis le début du 21e siècle. Il y a, par exemple, des monstres sacrés de la musique qui refusent d’accrocher leurs instruments et continuent de parcourir le globe avec d’incalculable tournées d’adieux (Voir Kiss, Motley Crue et compagnie). Il y a aussi, avec l’explosion des mash-ups et de YouTube, une consommation massive de la culture populaire des années 80 et 90 via une nostalgie collective rajeunit et remise à l’ère du temps. Nous avons mêmes les Beatles qui dépoussières leurs vêtements décolorés pour prendre vie dans votre console de jeux favorite. Bref depuis une dizaine d’années, le monde culturel et artistique a le regard par-dessus l’épaule et cela nous offre un portrait actuel plutôt intriguant.

L’industrie du cinéma n’échappe pas à cette tendance en se tournant, sans grande surprise, vers l’exploration des possibles techniques et technologiques. Bien que le virage repose sur le développement et le raffinement de nouvelles technologies, il n’en demeure pas moins teinté d’un brin de nostalgie lorsque l’on garde en mémoire que le septième art a déjà exploré l’avenue des projections participatives et multi sensorielles pour combattre l’avènement de la télévision à l’échelle mondiale il y a plus de cinquante ans déjà.

Pour faire une longue histoire courte, on se rappelle les charmantes lunettes 3-D avec leurs montures blanches et les caractéristiques lentilles bleues et rouges, détonantes en plein milieu du visage de celui ou celle qui les arborait.  C’était la belle époque du cinéma en trois dimensions où les monstres étaient plus grands que nature, plus terrifiants et surtout, venaient nous interpeller à l’extérieur de l’écran. Stratégie agressive pour conserver le public en salle, la technique aura eu sa dose de succès avec des retours notoires dans les années 80 par le biais de franchise comme Friday the 13th qui a combiné le succès populaire et le 3D nécessitant le port de lunettes spéciales. C’est d’ailleurs le seul réel succès du cinéma participatif. Les phénomènes plus marginaux tel que le ‘scratch & sniff’ et les projections évènements (voir le Rocky Horror Picture Show) ne dépasseront jamais la curiosité sélective d’une poignée de cinéphiles curieux. Pour le grand public, ces stratégies n’auront jamais eu l’impact escompté et la télévision sortira grande gagnante de ce combat des écrans. L’abandon de ces techniques était donc prévisible. Pour la majeure partie des trente dernières années, les cas seront isolés et le cinéma se contentera d’une exploitation plus traditionnelle, linéaire, dans laquelle le spectateur visionne un film qui est projeté sur un écran et c’est le maximum d’implication qu’on lui demande.

Entre en scène le virage technologique actuelle qui est fier de remettre à l’ordre du jour le coté spectaculaire et plus grand que nature que nous offre le cinéma en 3D. Sauf qu’aujourd’hui, l’astuce dépasse les simples lunettes en carton jetable et repose sur un mitraillage publicitaire sans précédent. Grâce à la participation agressive d’IMAX et de Disney, pour ne nommer que ceux-là, les films en 3D, particulièrement dans le domaine de l’animation générée par des ordinateurs (CGI), sont en train de devenir la norme. Autant pour les nouvelles productions que pour les deuxièmes vies d’ancien succès populaires, l’utilisation du 3D fait des pas de géants à chaque année et est même incluse dans des films en temps réels à très large auditoire tel que Harry Potter and the Half-Blood Prince. Signe d’un succès et d’une réception positive de la part du public, les producteurs et les studios n’hésitent plus à investir dans ce genre de production forçant les exploitants de salles à suivre le pas et offrir aux consommateurs des accessoires de plus en plus agréables autant pour le visage que pour la vision en général. Des salles plus grandes, la pleine utilisation des écrans IMAX, des lunettes plus confortables et plus précises, etc… Toute l’industrie semble être au diapason et au final c’est l’expérience du spectateur qui est enrichit.

Sauf quand fondamentalement, le spectateur n’avait rien demandé…

Le passé nous a démontré que ce ne sont pas les astuces techniques qui allaient inciter les gens à aller voir les films en salle et cette tentative de combattre le téléchargement et l’accessibilité des films en ligne commence à devenir agaçante pour le cinéphile qui ne demande rien de plus qu’une diversité de bons films sur ces écrans. Pas que l’idée de lécher l’image et d’ajouter une dimension à certaines productions soit désagréable (voir l’utilisation du 3D pour Coraline par exemple) mais l’abondance n’échappera pas aux effets pervers de la saturation.

Qui plus est, ces avancées technologiques augmentent les coûts pour un peu tout le monde dans le système d’exploitation cinématographique et c’est le public qui doit débourser plusieurs dollars supplémentaires pour visionner  leurs films favoris. À Montréal, par exemple, au cours des cinq dernières années, j’ai vu le prix moyen au guichet passer de 9$ à 11$ / 12$ dépendant des endroits. Les projections IMAX elles peuvent coûter entre 15$ et 18$. On parle d’une augmentation d’environ 20% dans une économie qui stagne depuis quelques années. L’exemple type à Montréal est le cinéma Banque Scotia sur la rue Ste-Catherine. À la fine pointe de la technologie, les prix ont explosé depuis deux ans pour couvrir, en partie, les frais astronomiques engendrés par le remplacement et la mise à jour de l’équipement. On parle d’une facture très salée que le cinéphile moyen doit absorber alors qu’essentiellement, ce sont des adolescents en quêtes de sensations fortes qui meublent les sièges de l’endroit.

La grande séduction par la technique devient très coûteuse et surtout très peu attrayante pour le public moyen qui n’a pas nécessairement envie de s’investir plus, autant financièrement que physiquement, dans une projection. L’industrie augmente sans avertissement l’implication de son public et espère augmenter son affluence ? L’équation en elle-même ne fait aucun sens et les contrecoups se font déjà sentir. Les gens consomment se nouveau produit mais inversement ne le trouve pas nécessaire. Un film comme UP des studios Pixar aurait connu le même succès sans l’ajout du 3D numérique intégrale. Pour preuve, la plupart des salles à Montréal n’offraient pas la projection en 3D et les spectateurs étaient quand même au rendez-vous.

C’est pourquoi j’espère un retour du cinéma sans artifice. Un film n’a pas besoin de bancs qui vibrent et de lunettes en plastique pour être divertissant et agréable. L’expérience du cinéma est assimilée dans notre quotidien et le passé nous a clairement démontré que l’épuration de celle-ci est probablement la meilleure avenue. À l’occasion ça peut-être agréable de faire changement. Mais si l’occasion devient une routine et qu’en bout de ligne c’est l’expérience globale qui est altérée, alors je suis contre intégralement.

Les années nous en diront d’avantage mais l’industrie se trompe si elle croit pouvoir freiner l’explosion en ligne avec quelques artifices plus couteux. Fondamentalement, les gens vont toujours choisir le moindre effort quand vient le temps de se divertir et de s’évader. Pour la plupart des gens, l’expérience cinéma en est une de repos et d’évasion. Si l’option d’aller en salle devient trop couteuse et trop complexe, l’auditoire restera à la maison et tous ces gadgets s’empoussièreront dans les greniers de toutes ces salles qui fermeront sans leur auditoire. Déjà que le nombre de salles diminue, il faudrait écouter le public qui grogne sans cesse sur la hausse des prix et ne se voit pas offrir de solution autre que la journée à rabais dans la semaine qui est devenu une foire surpeuplée plus qu’une expérience cinéma agréable.

Trop, comme on dit, c’est souvent comme pas assez.  Dans le cas du paysage cinématographique, nous sommes friands des belles histoires comme Juno qui explosent au box-office à moindre coût. Non seulement le film nous charme mais toute l’histoire autour de la production du film devient une anecdote aussi intéressante que le film lui-même. Le coté humain vend bien plus que le coté technologique, chiffres à l’appuis. Pendant ce temps, l’industrie continue à miser sur le mauvais cheval en substituant la quantité et la qualité par le spectaculaire. Sauf que le spectaculaire, comme le plus beau des feux d’artifices, s’estompe très vite et ne laisse qu’un vague souvenir. Alors pour le cinéphile, que reste-t-il? Dans ce cas-ci c’est malheureusement l’abondance et la richesse de la sélection en ligne qui gagnera la faveur d’un public plus large au détriment de l’expérience que procure l’écran d’argent. Il y aura toujours quelques puristes qui favoriseront la salle obscure mais ultimement, ils seront minoritaires. Sans le revenu d’exploitation que génèrent les salles, le cinéma risque de se couper de par lui-même l’herbe sous le pied en voulant trop en faire dans ce combat contre un ennemi face auquel il n’est pas adéquatement équipé pour offrir une véritable opposition.

La mort du cinéma n’est pas annoncée mais la crise est réelle et une cassure est imminente. Reste à voir où se virage technologique nous entrainera. Pour ma part, c’est avec beaucoup de retenu que j’envisage l’avenir parce qu’essentiellement, j’ai peur pour ma passion. Trop peu de bonne foi dans une mer de potentiel. Dommage!

By Stephane | September 4, 2009 - 6:21 pm - Posted in Critiques

500 DAYS OF SUMMER (États-Unis, 2009)
Réalisé par Marc Webb
Avec
Joseph Gordon-Levitt & Zooey Deschanel

Le recul aide à la perspective, c’est indéniable, mais il y a des exceptions. L’une de ses exceptions est sans aucun doute (500) DAYS OF SUMMER qui était, jusqu’à preuve du contraire, la plus belle curiosité de l’été. Je l’ai visionné récemment et sans admettre une déception, je dois confesser une certaine retenue face à ce petit objet ma foi fort intriguant.

Issu du monde très éclectique du vidéoclip et de la télévision publicitaire, Marc Webb nous présente ici son premier long métrage de fiction qu’il a enfourné avec beaucoup d’amour et beaucoup, beaucoup d’ingrédients. D’entré de jeu, Webber nous mitraille avec un narrateur, du texte à l’écran et un montage syncopatique qui pourrait agacer. À ma grande surprise, le défi risqué de surcharger son film n’est pas complètement un échec dans la mesure où 500 Days of Summer charme presque instantanément. Quelques secondes suffisent pour que le rythme nous envahisse et l’avertissement en introduction est bien clair : ceci n’est pas un film d’amour, mais bien un film à propos de l’amour.

Webber a trouvé le ton juste pour encrer son film dans une réalité qui lui convient parfaitement, et ce, sans brusquer son spectateur malgré l’avalanche d’informations. Les premiers segments du film sont donc prétexte à nous mettre en contexte, version accéléré, pour tout de suite passer au cœur du film qui se veut une charmante accumulation de saynètes déconstruisant, dans l’ordre et le désordre, une relation qui était maudite dès le départ. Le linéaire devient fragmenté, comme la vie des protagonistes de Webber qui est parfois bien petite dans le Los Angeles étrangement romantique du réalisateur.

Par contre, malgré l’abondance, Zooey Deschanel et Joseph Gordon-Levitt crèvent l’écran. Ils sont beaux, ils sont jeunes, ils sont ‘hips’, ils carburent aux paroles de Morrissey et vivent une relation amoureuse en montagne russe qui ne néglige aucun détail pour être tout sauf ordinaire. Heureusement pour nous, cette balade d’un extrême à l’autre du spectre de l’amour se fait de façon dynamique, jamais racoleuse, malgré les déprimes et les joies excessives qui nous sont présentées.

C’est par contre le défaut d’une qualité : le film de Webb ne plonge jamais sous la surface. C’est beau, c’est bon, c’est charmant, mais ça partage aussi l’aspect éphémère du bonbon très sucré qui fait office de plaisir coupable d’un vendredi soir ensoleillé. Pas que ce soit désagréable, mais on ne peut s’empêcher de ressentir un certain besoin de savoir après le visionnement. Beaucoup de questions sont soulevées et en dehors du spectacle que nous offre l’ensemble des courts segments, le film souffre d’une absence de vision globale qui le rend difficilement appréciable avec un certain recul.

J’en reviens à pourquoi le film n’est pas nécessairement propice à la longue réflexion. C’est qu’avec tout ce recul, on en oublie la saveur qui nous a tant charmée. Durant le générique, on est complètement conquis. Le film fait son effet, on a clairement passé un bon moment et le charme est indéniable. Mais quelques heures, jours, semaines plus tard c’est presque tout oublié. Ne restent que quelques mémoires fragiles, éparses, de ce qui aurait pu être un film marquant. On parlera plutôt d’une idée marquante qui n’aura pas trouvée écho dans la maladresse d’un jeune loup derrière la caméra.

À voir tout de même, mais en abaissant vos attentes. Ça va vous plaire, c’est certain, mais ce n’est clairement pas le nouveau Eternal Sunshine of the Spotless Mind qui lui fait encore beaucoup de bruit dans nos mémoires friandes d’images poétiques.